MA JOURNEE IDEALE

Publié le par SEB apprend à faire des films

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Ma journée idéale est une émission de télévision dont le concept est d'inviter une personnalité à passer une « journée idéale » accompagnée d'une gentille intervieweuse et d'une équipe de télévision avec plusieurs caméras.

J'ai très succinctement contribué à la réalisation de deux épisodes de cette émission.

 

Malheureusement, mon caractère s'est rapidement avéré incompatible avec celui du réalisateur. Dès mon premier jour dans la boîte de production, des tensions naissent entre nous.

Alors qu'il me présente le matériel, il me lance d'un ton péremptoire :

« Tu parles trop fort ! Ici on est dans une ambiance de travail. Faut rester discret ! »

Face à sa remarque frôlant l'impolitesse, je n'arrive pas à me résoudre à opiner du chef l'air soumis et à mettre ma queue entre les jambes. Je réponds donc en chuchotant :

« Dans ce cas nous allons chuchoter. »

Choqué par mon insolence, il rétorque agressif :

« Non, mais je rigole pas ! OK ?! »

Un peu plus tard, il m'explique le fonctionnement de son ordinateur. Je suis ses explications avec attention, et, oubliant à qui j'ai à faire, lâche une petite boutade.

« Arrête de rigoler ! » m'ordonne-t-il. « On est là pour travailler ! »

« Mais ça n’empêche pas de bien travailler un peu d’humour. »

« Écoute, je te connais pas bien, alors j’aimerais qu’on bosse sérieusement ! Je suis pas là pour me faire des amis moi. »

« T’en fais pas, tu vas bientôt t’habituer. »

« Quoi ? »

« Non rien, c’était une blague. »

Je repense à ma vie d'étudiant en biologie. Alors que je faisais mon stage de fin de master, ma maître de stage m'avait fait une remarque :

« Ce que je trouve bien avec toi Sébastien, c'est que tu n'es pas tout le temps sérieux comme la plupart des étudiants. A chaque fois que je lis tes mails je rigole. »

Ma maître de stage et moi étions d'accord : faire de l'humour n'empêche pas d'être sérieux.

Le réalisateur revêche, assis à son bureau, me demande d'aller lui chercher un disque dur sur une étagère :

« Sur l'étiquette du disque dur y'a écrit « Une journée idéale avec Doc Gynéco. » »

Je me dirige vers l'étagère et cherche le disque dur en question. Impossible de le trouver.

« Désolé, » dis-je, « mais j'ai l'impression qu'il n'est pas là. »

Il me répond d'un ton menaçant :

« Si je dois me lever et que je trouve le disque ! »

« Bah tu feras un peu de sport ! »

Il se lève et cherche le disque dur sur l'étagère, en vain. Il le retrouve enfin posé sur une colonne d'ordinateur.

Ce qui me choque, c'est la manière dont je l'entends parler à l'une de ses stagiaires. Il lui parle comme si elle était une merde. Et encore, je n'ai jamais vu quelqu'un parler si mal à une merde.

Peu de temps après mon arrivée, nous avons une discussion pleine de franchise. Une fois n'est pas coutume, je le trouve correct et la conversation est presque agréable :

« Sébastien, je suis désolé parce que je suis satisfait de ton travail, mais je pense que tu ne peux pas rester : on ne s'entend pas du tout. »

« Oui, je suis tout à fait d'accord, on ne s'entend vraiment pas. »

 

Pendant ces quelques jours, mon travail a consisté en deux choses.

La première : attendre à la boîte de production qu'un coursier m'amène les cassettes de rushs en provenance du tournage, copier ces cassettes sur l'ordinateur, les classer, puis commencer à mettre de côté les rushs intéressants.

La seconde : via le logiciel de montage - Final Cut Pro, encore - placer des écriteaux sur le film. Les phrases exactes et leurs emplacements me sont donnés par une assistante de production.

J'ai ainsi participé à la réalisation de « Ma journée idéale avec Laurent Lafitte », et de « Ma journée idéale avec Max Boublil. » Tous les deux sont là pour faire la promotion de leur one man show.

 

 

Le dérushage de l'émission avec Laurent Lafitte est un moment très agréable. Chacune de ses répliques me fait rire. Il n'arrête pas. Il se permet même de charrier le réalisateur avec qui je ne m'entends pas.

« Regarde le vieux plan prétentieux qu'il est en train de nous faire ! » dit-il a Justine la présentatrice.

Puis, ne manquant pas d'audace :

« Ton équipe, c'est vraiment des gros connards ! »

A l'inverse, le dérushage de l'émission avec Max Boublil est ennuyeuse. La plupart de ses tentatives de faire de l'humour tombent à l'eau. Justine la présentatrice ne peut d'ailleurs s'empêcher de lui dire qu'il n'est pas drôle, et que Laurent Lafitte qu'elle a vu la semaine passée est beaucoup plus marrant. Voilà de la boutade culottée ! Le soir même, Justine enverra un SMS à Max Boublil pour s'excuser d'avoir été si peu respectueuse.

En voyant les deux épisodes terminés, je serai très surpris de trouver Laurent Lafitte et Max Boublil tout aussi drôles l'un que l'autre. Ah... le montage !

 

A propos de montage, je me rappelle du mécontentement du réalisateur concernant certains de mes choix de « rushs intéressants. »

Lors de son interview, Laurent Lafitte raconte une anecdote que je trouve très touchante. Je la mets donc de côté pour qu'elle soit gardée au montage.

Après avoir interprété le petit ami de Vanessa Demouy dans la série Classe Mannequin, il n'a plus eu de contrat et s'est trouvé obligé de travailler dans un bar. Un jour, alors qu'il est en train d'essuyer des flûtes de champagne (en le racontant, Laurent Lafitte mime le geste), des clients le reconnaissent.

« Pourquoi vous êtes là ? » lui demandent-ils. « Vous avez été engagé pour jouer un rôle de barman, et vous vous familiarisez avec le métier ici ? C'est ça ? »

Laurent Lafitte se sent honteux.

Le réalisateur ne trouve pas cette anecdote intéressante. Il la retire donc du montage final. Il garde cependant le geste de l'essuyage de flûte de champagne : deux doigts qui poussent la serviette au fond de la flûte et qui tournent pour bien essuyer. Il couvre le plan avec de la musique, et enchaîne par une séquence où Laurent Lafitte parle de l'un de ses sketch sur le fist-fucking. Dans ce contexte, l'essuyage de flûte de champagne prend un tout autre sens.

 

Le montage de l'épisode avec Max Boublil quasiment terminé, l'assistante de production m'amène la liste des phrases à incruster sur le film avec les moments où les faire apparaître.

La semaine précédente, nous avions déjà fait ça pour l'épisode avec Laurent Lafitte : j'avais mis les phrases sur le film, puis elle était venue et, en voyant le résultat, m'avait demandé pas mal de corrections.

Sachant que de toute manière, il y aura des corrections à faire, je me permets une petite liberté. Je remplace la phrase « Justine, une vendeuse pas comme les autres » par « Justine, une vendeuse qui envoie du gros steak. » J'espère ainsi faire sourire l'assistante de production.

Une fois toutes les phrases placées sur le film, je vais voir l'assistante de production et lui dit qu'elle peut venir corriger.

Nous nous dirigeons vers la salle de montage. Nous croisons alors Stéphane Basset, le grand boss. Il vérifie chaque film avant qu'il soit envoyé aux chaînes.

« Exceptionnellement, aujourd'hui je vais vérifier le film avant que vous ne fassiez les dernières corrections, » nous dit-il.

Je déglutis, mal à l'aise.

Le réalisateur, voyant que Stéphane Basset va regarder le film, entre avec nous dans la salle de montage. Tout le monde se retrouve devant l'écran.

« Et merde ! » me dis-je.

Le film démarre, on m'indique quelques corrections à faire que je note sur un bout de papier. Le moment fatidique approche. Je serre les fesses.

« Bordel, je vais me faire trucider ! » me dis-je. « Le très mauvais accueil de mes blagues de la semaine aurait dû me calmer ! »

La phrase apparaît à l'écran. « Justine, une vendeuse qui envoie du gros steak. »

L'assistante de production lit la phrase, tourne brutalement la tête vers moi, et m'envoie un regard noir foncé. Si un regard pouvait tuer, je serais mort sur le coup.

Stéphane Basset appuie sur pause et revient en arrière. Il n'a visiblement pas bien lu la phrase. Il se penche vers l'écran, les yeux plissés.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demande le réalisateur.

« C'est pas la phrase que j'avais noté sur mon papier ! » se défend l'assistante de production.

Tout le monde se tourne vers moi.

« Euh, oui, » dis-je maladroitement, « en fait, euh... puisque de toute façon il faut toujours faire des corrections, j'ai voulu... faire une petite blague. »

Je sens la guillotine prête à s'abattre sur mon cou.

« Elle est marrante cette expression ! » s'exclame Stéphane Basset en souriant. « Elle vient de quel pays ? »

Moralité de l'histoire : les petites blagues, avec un peu d'acharnement, on trouve toujours quelqu'un qu'elles font marrer !

Je continuerai donc à en faire.

 

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faustin 17/07/2011 23:26


Super anecdote. Il y à vraiment des gens qui réfute toutes notion de divertissement au boulot. Travail et passion ne sont pas incompatible, rêves et imaginaire ne sont pas des dénis de la réalité.


Celash 21/06/2011 15:23


eh beh , au moins si ça t'as apporté de l'expérience , mais l'ambiance avait l'air d'être merdique


ThomasGB 20/06/2011 00:22


Sympa l'ambiance...

Mais j'aime la morale.


Zyzomys 19/06/2011 12:11


J'ai bien ri, après avoir eu peur pour ta peau :P Sympa l'ambiance Oo