UN COURS DE CINEMA ANIMALIER

Publié le par SEB apprend à faire des films

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Lors de mon année de formation de cinéma animalier, j'ai tenu un journal. En voici un extrait.

 

Vendredi 10 novembre 2006.

Nous sommes en séjour en Brenne. Un des buts : apprendre à utiliser les caméras.

Nous allons au zoo de la Haute-Touche pour filmer les animaux en cage. L'exercice ne m'enthousiasme pas. Au lieu de filmer, je parle donc avec Thierry Thomas notre professeur. Il a aussi été caméraman et chef opérateur sur Le peuple migrateur et Les animaux amoureux.

 

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Alors que je (à droite) parle avec Thierry Thomas (à gauche), un camarade (Vincent Arcis je crois) nous prend en photo.

 

Il me raconte quelques aventures de tournage. D’abord celles de son premier film, sur les Manchots empereurs.

Il était parti en Terre Adélie faire un stage de recherche. Il décida bientôt de filmer les Manchots empereurs se trouvant à 20 minutes à pied de la base. Il tourna ainsi le premier film sur les Manchots empereurs, film qui sera vendu aux 6 chaînes hertziennes et dans 50 pays.

« C’est amusant, » me dit-il, « toutes les histoires qu’a racontées Jérôme Maison au retour du tournage de La Marche de l’Empereur, je racontais les mêmes 10 ans plus tôt. »

 

Plusieurs fois, au moins huit, il tombe dans l’eau en passant à travers la glace.

« Et là, » m’explique-t-il, « il faut se presser de rentrer. J’ai bousillé plusieurs pantalons comme ça. Il gèle et se déchire au niveau des genoux pendant qu’on marche. A la fin ça fait un short. »

 

« Sinon là-bas, on a des gerçures en permanence. Au niveau des pommettes notamment. Elles deviennent marrons. Parfois, ton collège te dit « Oh là ! Tes pommettes commencent à être vraiment très foncées ! », et il faut rentrer. Moi, la couleur marron de mes pommettes a persisté pendant un an après mon retour en France. Le bout des doigts aussi gèle en permanence. En gelant, ils s’accrochent à nos gants de soie, et lorsqu’on enlève les gants, ça fait un trou. C’est comme ça qu’au bout d’un moment, on n'a plus que des gants de soie troués. Les gelures, ce sont des petits trucs qu’on apprend assez facilement à gérer en fait. »

 

« J’ai aussi été atteint d’hypothermie plusieurs fois, dont une où j’ai failli y rester. J’étais en train de filmer lorsque je me suis rendu compte que j’étais en état d’hypothermie. L’hypothermie c’est quand la température de ton corps baisse. Lorsque t'en es atteint, tu t’endors lentement. J’ai décidé de revenir vers la base, mais je me suis écroulé dans la neige avant d’y arriver. Pas loin de la base, il y a un poste avancé. Les gardiens du poste connaissent le paysage par coeur car ils travaillent là 8h par jour. Dans la neige, ils ont vu une forme bleue qu’ils ne connaissaient pas. L’un d’entre eux a décidé d’aller voir ce que c’était, et il m’a trouvé. Ils m’ont mis sous la douche tout habillé. Ils ne pouvaient même pas enlever ma capuche dont la fourrure gelée était accrochée à mon visage gelé. Ensuite ils m’ont mis au lit, et je me suis réveillé 24h plus tard. Je pense que s’ils étaient venus me chercher 10 minutes plus tard, ils n’auraient pas pu me sauver. Les autres fois où j’ai été atteint d’hypothermie c’était moins grave. J’ai réussi à rentrer à la base. De retour, ton cerveau recommence à chauffer, et là, tu craques nerveusement. Tu pètes les plombs. C’est incontrôlable. Tu te mets à trembler, à pleurer et à hurler. »

Je me montre impressionné, et Thierry répond :

« C’est vrai que c’était dur, mais j’ai adoré ça. Si c’était à refaire, je le referais. »

 

Il me raconte aussi quelques aventures en Afrique. Une fois, alors qu’il marche dans l’eau avec une caméra (forcément extrêmement coûteuse), il tombe dans un trou. Il a le réflexe de lever la caméra au-dessus de sa tête. Heureusement, son collègue la récupère intacte.

 

Il lui arrive de rester allongé plusieurs heures dans des affûts en pleine chaleur. Trop de matériel à transporter, impossible de prendre de l’eau avec soit. Lorsqu’il sort, il boit à chaque fois deux bouteille de 1,5 litre d’affilée.

 

Un jour, alors qu’il filme allongé par terre au bord d’un étang asséché, il entend son collège crier dans son dos :

« Des Lions ! Juste au-dessus ! »

Thierry lève la tête. Dix mètres au-dessus de lui, au niveau de la limite de l’étang lorsqu’il est plein, des lions le regardent. Thierry recule lentement. Après avoir progressé ainsi sur 15 mètres, il réalise que dans la panique, il a oublié un objectif de 150.000 francs au bord de l’eau.

« Et là, » me dit-il, « il faut se faire violence pour aller récupérer l’objectif ! »

Et il va le récupérer.

 

A 11h 30, après avoir admiré des Tigres de Sumatra plus maigres que des clous et un Raton laveur qui tourne en rond depuis si longtemps que l’herbe ne pousse plus sur son chemin, nous rentrons.

 

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Xavier 09/05/2011 23:45


Impressionnant ce personnage ! : )


Yume 08/05/2011 20:58


Cool, j'ai trouvé comment je veux mourir, quand je serais vieille et frippée.

Ooooh ! T'avais des cheveux :)


Annou 08/05/2011 12:33


J'adoore ta façon de raconter!